UNE CHAMBRE À L'HEURE
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"La Voix du Nord" | 19/02/2012 | Par Cécile Debachy | Page 24

 


Deux hôtels de luxe affichent le « 5 à 7 », sans complexe... sur internet

Des rancards à la périphérie de la ville dans des établissements pas toujours très fréquentables. Aujourd’hui, on oublie. Désormais, les couples infidèles ont aussi le droit à leur hôtel de charme. Il y a quinze jours, deux hôtels lillois, le Carlton et l’hôtel des Tours, ont rejoint le site internet Day-Use. Le principe : permettre aux amants en mal d’intimité de réserver leur chambre d’hôtel en toute discrétion et à moitié prix, le temps d’une pause coquine entre 12 h et 17 h.


Gare aux idées reçues. « La pratique du Day-Use (comprenez chambre à louer pour quelques heures, dans l’après-midi) a toujours existé », rappellent les professionnels hôteliers. Que l’on possède une, trois, quatre ou cinq étoiles.
Il y a un mois, lors de la diffusion d’un reportage sur un nouveau site internet qui propose aux amants infidèles de réserver ces suites à moindre coût, François Heranval, directeur commercial de l’hôtel des Tours et du Carlton, l’a bien compris. Et pour cause. « On dit que 20 % des couples sont infidèles. Alors oui, il y a un gros marché. » Avant-gardiste le directeur ? Pas tout à fait. Mais visionnaire sûrement. Si les Day-Use n’ont pas toujours cette connotation si particulière, ici on joue la carte de la transparence. « Un second lit, une seconde vie », se targue d’ailleurs le fameux site internet qui fait le buzz.


Quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense, les « 5 à 7 » coquins ont donc toujours la cote. Immoral l’adultère ? « Nous ne jugeons pas les clients. Après tout, c’est la vie ! En passant par cette centrale, le client n’est pas obligé de donner son nom ou son numéro de carte de crédit. Ça assure la confidentialité et il est moins gêné qu’en passant par le réceptionniste, poursuit François Heranval. Et on peut le faire comme n’importe quel achat en ligne. » Un concept qui va aussi permettre de renouveler la clientèle « plutôt constituée d’habitués ».
Fort heureusement pour le directeur commercial, la cité de la Déesse ne semble pas échapper à la règle. Déjà une dizaine de réservations pour ces dix derniers jours, contre trois à quatre d’ordinaire et mensuellement. « Un bon démarrage », pour David Lebée, à la tête du concept, pour qui ces hôtels pourraient bien très vite atteindre les chiffres record de la capitale, soit trente à quarante réservations par jour, en seulement trois mois.
Alors l’adultère, tabou ou nouvelle tendance ? Si, d’une manière générale, les hôteliers en parlent très librement et adhèrent, pour la plupart, au concept lancé, la pratique semble toutefois encore confidentielle. Vérification, un brin gênée, par téléphone, pour une réservation de quelques heures mardi prochain. Nombreux sont ceux qui répondent favorablement à notre demande, « selon les disponibilités », et proposent des tarifs spéciaux, jusqu’à deux fois moins chers que la nuit. « Il n’y a pas de problème. Par contre, pour ce genre de réservation, téléphonez-moi directement à tel numéro », précise avec tact cette réceptionniste d’un hôtel lillois de très grand standing.

 

De nos jours, même si on en parle, l’infidélité, on ne l’ébruite pas.
www.dayuse-hotels.com

 
 

 

 

Pas de règle pour être infidèle

Des tarifs qui ne sont pas affichés, des réservations au cas par cas. Qu’en est-il de la législation sur les Day-Use ? Si la pratique est courante et que le terme a été inventé par les hôteliers eux-mêmes, des questions se posent. « Il y a un flou juridique, confie un hôtelier lillois. Dans les textes, il n’y a rien d’écrit concernant la location pour quelques heures. » En effet, comme le précise le syndicat de la profession, les hôteliers ne sont contraints qu’à respecter certaines règles : « Ne pas louer au-dessus de sa capacité d’accueil, ne pas obliger le client à partir avant le créneau indiqué et ne pas faire entrer de mineurs. » Pour le reste, rien de très officiel. Tout dépend de l’organisation de l’établissement, des heures de réservation et du bon vouloir des gérants. Certains se refusant à cette pratique. « Si vous avez une femme de ménage l’après-midi qui peut refaire les chambres, vous pouvez encore réserver le soir », explique pour sa part une gérante lilloise. De même pour les tarifs. Certains appliquent ceux de nuit, d’autres divisent parfois par deux le montant, comme c’est le cas au Carlton (140 € en Day-Use) ou à l’hôtel des Tours (75 €). Des tarifs variables selon l’heure d’arrivée et de départ et la période. C. DY.

 
 



L’infidélité, c’est tendance !

En adhérant au concept internet « Day-Use », François Heranval fait un peu office de précurseur à Lille. Un essai qui semble concluant et qui pourrait bien attirer des concurrents. « Suite à la diffusion d’un reportage, j’ai reçu de nombreux appels de personnes qui souhaitaient créer le même site. Mais, ça, ce n’est pas moi qui gère ! » De nouveaux sites internet et des nouveaux hôtels qui pourraient choisir la formule. « Dans quelques mois, Lille pourrait faire comme Paris avec trente à quarante réservations par jour », explique David Lebée, fondateur de dayuse.com. « Dans ce cas, on réfléchira à un partenariat avec d’autres hôtels. » Autrement dit, si les chiffres se confirment, l’infidélité a encore de beaux jours devant elle. C. DY.