MUSIQUES DE CHAMBRES
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"Actives" | Février 2013 | Par Pascale Godia | Pages 22 & 24

 


 
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ET SI L'ON S'OFFRAIT UN AMOUR 4 ÉTOILES ? CONÇU À L'ORIGINE POUR DES VOYAGEURS EN TRANSIT, L'HÔTEL DE JOUR QUITTE LES ABORDS DES AÉROPORTS ET DÉBOULE SUR LES PAVÉS DES VILLES. VENT D'INFIDÉLITÉ ? PAS SEULEMENT. TOUS LES AMOUREUX RAFFOLENT DU DAY-USE ET LE CÂLIN D'APRÈS-MIDI DÉPOUSSIÈRE AUSSI LE QUOTIDIEN DU COUPLE.
Par Pascale Godin

 
 

 


Plus d’un quart des Français aiment faire l’amour dans un lit (IPSOS). Oui, mais pas forcément le leur !
Cadeau gourmand sur un oreiller d’ailleurs, le dayuse se démocratise et les french lovers roucoulent. Un beau décor, des draps douillets, un palace. Adieu le sordide hôtel estampillé 5 à 7 poisseux ! Les partenaires s’ébattent aujourd’hui dans un nid taillé à la mesure de leur amour, les sites de réservations en ligne se multiplient et des hôtels prestigieux jouent le jeu. Et si le concept n’a rien de nouveau au Japon ou au Brésil, il est récent dans l’hexagone. Du moins sous sa forme assumée !

 

 
 

 

LA GRANDE HYPOCRISIE


En 2010, David Lebée a une idée géniale. L’ancien manager de l’hôtel Amour, à Paris, connaît son petit cupidon par coeur et crée dayuse.com, un site de réservations d’hôtel de jour en ligne. Quelques heures d’étreintes négociées dans des établissements 3, 4 et parfois 5 étoiles, à des tarifs particulièrement attractifs. Le marché n’existe pas. Pourtant, parlez «tac tac» ou «quick» à n’importe quel hôtelier, le voilà qui sourit d’un air finaud. Mais demandez-lui si son établissement propose une chambre pour l’après-midi, à prix négocié, il jure, main sur le coeur, que ça n’est pas le style de la maison. Ben voyons. Vérifications faites, un hôtel 3 étoiles de la région d’Annecy consent pourtant une remise de 25% pour une arrivée à midi et un départ avant 17 h. quand un autre, plus prestigieux encore, propose un tarif à -50% pour les mêmes prestations. Du «day use» ? Certainement pas ! A ce terme, les 2 préfèrent celui de «promotion». Bien sûr… Loin d’être assumée, la location de jour reste cependant confidentielle et du coup,
les couples se tournent vers l’anonymat d’un établissement de seconde zone. Un Formule 1 plutôt qu’une Rolls, murs épais comme des taies d’oreiller et douche sur le palier compris. Et si le romantisme capote, il faudra bien s’en contenter. En comblant ce vide, David Lebée vise clairement le marché de l’adultère : “Nous savions que beaucoup d’hôteliers pratiquaient le day use sans l’officialiser, ce qui leurs permettait de fixer les tarifs à la tête du client sans forcément déclarer la location ! Et côté clients, la situation était souvent gênante, sans parler de la discrétion ! Nous avons voulu faciliter les choses pour les couples illégitimes”.

 
     
     
 

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TIERS PAYANT


Le marché de l’infidélité est effectivement porteur. Dans notre société, la montée de l’individualisme et l’intolérance à la frustration, presque érigés en art de vivre, rendent le vieux modèle caduque. Le pack classique des années 60, un prêt à vivre incluant un partenaire, un travail et une maison, le tout pour la vie, prend du plomb dans l’aile. Nous vivons plus longtemps, nous vieillissons mieux, plus question de se satisfaire d’une seule vie ! Selon un sondage IPSOS effectué en 2010, 37% des Français déclarent avoir ou pouvoir tromper leur partenaire. Plus d’un tiers ! Et David Lebée ne prend pas beaucoup de risque, si ce n’est celui d’exploiter un créneau que la société bien pensante (et bien hypocrite) réprouve. Le site explose rapidement. En 2 ans, Dayuse passe de 10 à 400 hôtels en partenariat : “Aujourd’hui, nous avons entre 3 et 4000 réservations par mois, ce qui représente 6 à 8000 clients”, se félicite-t-il. “Entre 2011 et 2012, notre croissance est de 118% et nous sommes en train d’ouvrir le marché sur l’Europe. La Suisse semble pour l’instant plus réticente, mais je ne doute pas. Des infidèles, il y en a partout !”