Les lits de l’infidélité se louent à la journée

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  Publié sur le site www.grand-rouen.com29/01/2013 | Eco, Société

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    Louer une chambre d’hôtel pour la journée plutôt que la nuit ? A Rouen, trois établissements sont inscrits sur un site spécialisé. Mais ils ne sont pas les seuls à pratiquer ce type de service particulier
   

Une demande « un peu spéciale », nous dit-on au bout du fil lorsque nous tentons de réserver une chambre pour un mardi matin 10h-14h, dans l’un des grands hôtels du centre de Rouen. Louer une chambre d’hôtel la journée, un créneau qui a toujours existé, nous explique un hôtelier rouennais.

Une réservation pour travailler, faire une sieste, se laver ou pour un rendez-vous galant. Depuis 2010, le site Internet Day Use.com répertorie les hôtels qui louent officiellement leurs chambres en journée.

 

    « Régression adolescente pour certains, injection de fun dans un quotidien trop standardisé pour d’autres», promeut le site Internet. Ne nous voilons pas la face, on offre ici la possibilité aux couples illégitimes de donner toute liberté à leur complicité, même si les hôteliers se gardent bien de parler d’adultère ou de « plan cul ». Le site ne réclame pas l’identité des clients, pas de problèmes d’authentification, ni de paiement en ligne. On paye en prenant possession de sa chambre. A Paris, 78 hôtels utilisent ce se service. A Rouen, ils ne sont que trois. L’un d’entre eux, inscrit depuis peu se dit « sceptique » quant aux résultats. « En province, les clients utilisent moins Internet. Ils préfèrent passer un coup de téléphone pour réserver », affirme-t-il.
    Georges-André Piat, directeur de l’hôtel de l’Europe a accepté de nous expliquer pourquoi il s’est inscrit, il y a quelques mois sur Day Use.com. Pour le moment, il n’a enregistré que « cinq ou six réservations » par ce biais. Des réservations pour rendez-vous coquins ? Pas obligé, nous dit-il. « Day Use c’est aussi pour les gens qui viennent se reposer.
   


Mais, bizarrement, ils ne sont jamais seuls », ironise Georges-André. Un système qu’il distingue du proxénétisme : « Ce n’est pas du tout fait pour de la passe. C’est plutôt la démocratisation du rendez-vous galant ». S’il déclare « ne pas écouter aux portes », il aura tout de même remarqué le caractère « romantique » de ces rendez-vous. Dès 10 heures du matin, jusqu’à 18 heures et parfois 23 heures, les clients profitent de leurs chambres. « J’en ai vu qui prennent leurs chambres, qui repartent, qui vont déjeuner en ville, qui reviennent », se rappelle-t-il.  Mais il n’a encore « jamais vu un Day Use comme un plan d’une heure. Souvent les gens restent jusqu’à la limite de leur réservation ».

 

Selon lui, la location en journée ne date pas d’hier. « On le fait tous », clame celui qui travaille depuis trente ans dans l’hôtellerie. Day Use.com, un moyen pour les couples de protéger au mieux leur anonymat. « Ces gens-là sont hyper organisés. Ils cherchent la sécurité. Avant, ils essayaient de repérer les hôtels avec un ascenseur qui mène du sous-sol aux étages, sans avoir à passer par la réception». Et lorsque l’hôtel ne disposait pas d’un ascenseur ? « C’est mon métier. J’ai quatre ou cinq secondes pour savoir à quel genre de client j’ai affaire », affirme-t-il. Et de décrire : « En règle général, c’est Monsieur qui entre dans l’hôtel en premier. Suivi par Madame. Elle se met un peu à l’écart de la réception, pour ne pas communiquer avec le réceptionniste. Le Monsieur demande tout bas : « C’est pour une chambre » Et quand vous lui demandez son nom, il panique. Il ne sait plus ce qu’il faut dire. Alors vous demandez « Dupont ? ». Il vous dit « Oui ». D’un seul coup, on le sent libéré. »

 

Pour l’un des deux autres hôteliers rouennais à être inscrit sur Day Use et qui a préféré rester anonyme, c’est « un moyen de louer, de développer le taux d’occupation des chambres. Un espace vide ne rapporte rien. » Il explique sa volonté de garder l’anonymat en déplorant le fait que cette « niche soit pointée du doigt à cause de l’adultère». «C’est vrai que par nature, on peut se demander pourquoi ces personnes ont besoin de chambres d’hôtel, poursuit l’hôtelier, mais nous ne sommes qu’un moyen. Pas comme les sites de rencontres pour gens mariés qui, eux, poussent à l’adultère ».

 

La location de jour, une activité taboue, donc, que Day Use pousse à démystifier. Pour vérifier si cette pratique est aussi répandue qu’on nous le dit, nous avons contacté sept hôtels rouennais, du plus luxueux et chic à l’hôtel bas de gamme un peu plus éloigné du centre-ville. Nous nous sommes à chaque fois présentée comme une certaine Valérie Durand qui souhaiterait réserver une chambre, mardi 29 février 2013, de 10 heures à 14 heures. Nous avons bien précisé à chaque fois que nous voudrions payer en liquide. Si l’un de nos interlocuteurs a pris ses précautions et nous a proposé de rappeler le gérant quelques jours plus tard, la plupart n’a pas paru surpris. D’autres ont l’air habitués à ce type de demandes et aux intentions des clients à leurs arrivées. Lorsqu’on finit par demander à l’un d’entre eux s’il est possible d’avoir un lit deux places, on nous répond très naturellement : « Oui oui ! J’avais bien compris que c’était pour deux personnes« . Un autre ne nous pose aucune question et déduit, à partir de nos horaires de réservations, nos projets : « Pour deux personnes, donc ! » Sur ce, cet hôtelier nous décrit les chambres, précisant pour la plus chère qu’avec sa baignoire, elle est « bien plus agréable ».

 

Très peu sont dupes. On aura senti un sourire dans une réponse et même un petit gloussement une fois. Payer en liquide n’est pas un problème. Seulement deux ou trois nous auront demandé notre numéro de carte bancaire en garantie. A notre refus, la réservation aura été annulée ou il nous aura été demandé de présenter une pièce d’identité à notre arrivée à l’hôtel. On nous aura même précisé une fois que « les chambres ne peuvent êtres louées à l’heure« . Quel que soit le temps passé dans la chambre, les tarifs sont ceux d’une nuit. « Pour une heure, il y a quand même du boulot, il faut que la femme de ménage change les draps, refasse la salle de bain. Les clients ont parfois du mal à comprendre ça. On ne peut pas tarifer une heure », explique Georges-André Piat. En tout, six chambres attendent Valérie Durand à Rouen ce mardi-là. Comme on fait son lit, on se couche.